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Je suis née dans une famille qui vénère un héros. Le héros avait sa pratique, ses rituels et son public. Chaque dimanche, l'uniforme du grand–père sortait de sa housse de velours pour briller à l'éclat du jour. Chaque semaine, nous nous parlions ensemble d'une époque, d'une histoire, d'un homme qu'on pensait mieux que les autres. Dans ma tête d'enfant, il y avait une bulle molle et douce où le vêtement du héros était auréolé de fleurs colorées et d'étoiles clignotantes. Il y avait cette image sacrée, cette icône avec moi. Lui, ce héros, je ne sais rien de lui, hormis ce que l'histoire et les rituels de ma famille m'ont fait imaginer. Je collectionne les images religieuses et populaires du monde entier, des pays arabes au Mexique, en passant par le continent asiatique, Ce sont souvent des images peintes à même le mur avec des pigments de sobre qualité, au milieu d'une place publique ou dans une allée, au creux d'une niche, où un passant aurait déposé une fleur fraîche. Dans le Sud, là où le religieux est mêlé au profane, on voit surgir au détour d'une rue une fresque gigantesque, saisissante de réalisme, peignant la grandeur d'un despote, l'expression d'un enfant ou celle plus dramatique encore d'une star du cinéma national. Ces grandes icônes existent aussi en petit format, en carton souple, à glisser dans son portefeuille ou son livre de prières : une image - territoire à penser, à être ensemble. Dans le monde catholique, c'est en sa matérialité que l'icône indique la présence du Christ vivant. Aussi surprenant que ce soit dans une relation spirituelle autrement méfiante du monde matériel, l'icône permet un accès direct avec les saints, les héros et nous simples citoyens. Au coeur de la contemplation, les icônes populaires nous permettent de vivre sous le regard et la présence de nos demi-dieux, les héros. Delphes Desvoivres mars 2006 |
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